Les « Corsaires » mis à nu

Dernière mise à jour : 29 déc. 2021


Les « Corsaires », article Valeurs Actuelles du 16/12/2021



L'apparition des Corsaires

Le 8 novembre 2021 apparaissent des comptes sur les réseaux sociaux et un curieux site au nom de "Corsaires", nous visant nommément. Les Corsaires annoncent clairement vouloir nous "couler" dans une vidéo à l'argumentaire hallucinant, collection hétéroclite de fantasmes, de novlangue d'extrême-droite et d'analogies maritimes. Wokisme, Cancel Culture, tout y passe, jusqu'aux GAFAM et au transhumanisme, pour lesquels on peine à y voir un quelconque rapport avec nous.

Visiblement il y a du travail derrière, même si l'habillage pourrait être celui d'un jeu de pirates destiné aux 12-14 et frise souvent le ridicule.


L'opération de com d'une agence média

On le sait maintenant (voir l'article de l'ADN et de StreetPress), ce mouvement qui se décrit comme spontané et citoyen est en fait piloté pendant les heures de bureau par une agence de com parisienne bicéphale : NewSoul/Progressif Media.


Nombre de tweets par jour de la semaine et heure de la journée

La première agence, NewSoul, est spécialisée dans la création de sites pour les associations catholiques ou pour des causes qui y sont liées.

La seconde, Progressif Media, est plus classique, mais on remarque un de ses clients : le magazine Régénère, le canal de communication du gourou dangereux spécialiste de la fake news médicale Thierry Casasnovas, depuis quelques années dans le collimateur des observateurs des dérives sectaires.

On s'étonne alors de voir auprès de ce type de site douteux un autre client de l'agence, les éditions Bayard, annonceur éthique avec lequel nous avons eu d'excellents rapports dans le cadre de nos actions d'alerte.

Ces deux agences, NewSoul et Progressif Media, bien qu'elles tentent de minimiser, voire de cacher leurs liens, partagent la même adresse, les mêmes employés (trois quart des employés de NewSoul travaillent aussi pour Progressif Media).

Même les photos de présentation des équipes, utilisés par les intéressés sur leur site respectif pour présenter leurs sociétés sont quasiment interchangeables, les deux patrons étant présents sur ces clichés.

À partir de la photo d'origine utilisée sur le site NewSoul
À partir de la photo d'origine utilisée sur le site Progressif Media

En outre elles se partagent également les infrastructures techniques sur lesquelles le site Web des Corsaires a été conçu puis développé. La zone de développement et de test du site "Corsaires", accessible jusqu'à récemment, était enregistrée directement à leur nom. Ce n'est qu'à la suite de la confrontation avec les journalistes de StreetPress que ce site a été supprimé à la hâte. Heureusement, le web a une mémoire, et on peut le voir sur Wayback


Derrière tout ça, un "web-agitateur" sulfureux

Le patron de la première entité, NewSoul, s'appelle Émile Duport. En plein dans la lignée catho-réac, il s'est fait connaître pour son implication dans la Manif Pour Tous et ses opérations de com nauséabondes anti-IVG comme le site "les survivants". Certains de ses sites sont volontairement trompeurs et visent à attirer les jeunes : extérieurement, ces sites leur proposent des infos sur leur sexualité ou même reprennent le personnage de Pikachu pour mieux dérouler ensuite la propagande contre l'IVG. Cette orientation catholique intégriste explique sans doute pourquoi le premier article annonçant la naissance des Corsaires a été publié sur "Le Salon Beige", blog d'extrême-droite à l'intersection entre la cathosphère et la fachosphère.

Émile Duport, habitué des méthodes douteuses et se définissant comme un "agitateur numérique", avait également acquis le nom de domaine SimoneVeil.fr pour y lancer, le jour même de ses obsèques, un autre site anti-IVG (la famille de Simone Veil avait à l'époque porté plainte contre lui). Cette utilisation d'un nom de site trompeur se rapproche du "typosquatting" qui a également été employé par les Corsaires : ils ont déposé pas moins 6 noms de sites rappelant les Sleeping Giants (merci à @__osint__)


Pourtant peu actif sur les réseaux sociaux, Émile relaie les messages des "Corsaires" par les canaux dont il dispose : Twitter et Facebook. Il est même le premier, voire le seul, à en avoir fait la promo sur le réseau professionnel LinkedIn.

Enfin, on peut écouter la bande son de la première vidéo des Corsaires, où une voix trafiquée énonce leur propagande. Une fois dé-trafiquée, on y reconnaît assez clairement quelques accents familiers :



Combien ça coûte ?

Il est donc établi que le mouvement spontané de citoyens des Corsaires n'est en réalité ni spontané ni citoyen. Il s'agit d'une opération de communication planifiée à l'avance, gérée par une agence média et disposant d'un budget non négligeable.

Outre les heures de travail des employés qui bossent sur ce projet, il y a en effet des postes qui ont nécessité un certain investissement financier.

Pour une année :

  • Les noms de domaine des Corsaires et le typosquatting : entre 40 et 85€

  • L'hébergement du site et son dispositif de masquage et de protection : au minimum 200 à 300 €

  • Pour envoyer des mails à ses adeptes, souscription au système d’e-mailing : 90 à 700 €

  • Impression de quelques centaines d'affiches pour le collage "sauvage" sur Paris et banlieue : selon le nombre, minimum 150€, à condition que les colleurs soient bénévoles.

  • Envoi de courriers, cachetés à la cire - on a dépassé les bornes du ridicule - aux journalistes : de 40€ à 80€ Auquel il faut ajouter le salaire des étudiants qui ont mis sous pli. En effet, peu avant, Émile Duport avait passé cette offre d'emploi sur son Facebook:


La facture s'élève déjà entre 500 à 1300 €. Et Émile ne lésine pas. Ajoutons à cela deux pleines pages de pubs sur un magazine d'extrême-droite, des pubs YouTube et une série d'articles sponsorisés sur des flogs.


Des Flogs ? Kézaco ?

Attardons-nous sur le dernier point : il s'agit de Faux bLOGS, sites spécialisés maquillés en blogs d'info et gérés par paquet de 12 par des boîtes de com peu scrupuleuses, adeptes, comme Émile, de "Brand Content". Ces sites abritent des billets écrits par des rédacteurs souvent anonymes, parfois désignés par un -faux- prénom. Il y a des brèves, nécessaires pour assurer une crédibilité au site, et des billets sponsorisés publiés sans indication particulière. Un annonceur paie pour qu'un article soit écris par quelqu'un qui, ô surprise, trouvera son produit formidable.


En 4 ans d'existence, nous n'avions jamais eu affaire à ces sites jusqu'à ce que les Corsaires arrivent. Et là, hasard du calendrier diront certains, plusieurs billets, par salve, et qui nous sont tous défavorables, qui reviennent sur d'anciennes histoires et développent les théories fumeuses des Corsaires tout en n'oubliant pas de les citer et de fournir un lien sur leur site.

Pêle-mêle, deux flogs de sport (si, si) qui affirment sans aucune preuve, chiffre, source ou déclaration à l'appui que Decathlon aurait perdu des clients suite au retrait de ses publicités de CNews et s'en "mordrait les doigts". Sur des sites thématiques d'économie ou de marketing, des analyses fumeuses confondant perte et manque à gagner et avançant comme preuve de l'inefficacité de notre action action qu'avec un doublement de son auditoire, CNews a tout de même augmenté son chiffre d'affaire publicitaire.


Émile a-t-il fait jouer ses relations dans le milieu des magouilleurs du net et/ou a-t-il payé ces rédactionnels ?


Qui paye ?

C'est la grande question qui reste à élucider. On pourrait imaginer une action militante bénévole mais un tel budget dépensé alors qu'aucun appel aux dons n'a été lancé, associé au fait qu'Émile Duport, qui se vante généralement volontiers de ses "bons coups", reste extrêmement discret sur celui-ci accrédite la thèse du paiement extérieur.


S'agit-il de Valeurs Actuelles qui aurait été échaudé par le flop de son "Mur de la Honte" et par l'effet Streisand dont nous avons bénéficié lorsqu'il a soutenu à grand bruit les "Watching Giants" ? Cette première initiative contre nous s'était dégonflée en quelques mois. Valeurs Actuelles a-t-il alors essayé de monter de toutes pièces une fausse mobilisation citoyenne contre le "wokisme" à la veille des élections ? Le "boss" du magazine admet connaître Émile Duport depuis 15 ans et apprécier ce qu'il fait. Nul doute qu'il apprécie aussi sa campagne "Corsaires". Pourquoi n'en a-t-il pas parlé dans son média ? Un article est pourtant prêt et a été brièvement mis en ligne par erreur le 16 décembre avant d'être précipitamment retiré. Mauvais timing ? Trop proche de celui de Boulevard Voltaire sorti peu avant ? Vaut-il mieux attendre un peu, pour ne pas qu'on comprenne qu'il s'agit d'une action concertée, ce qui ternirait la fausse image d'impartialité qu'Émile veut donner à son opération ?


Ou bien est-ce CNews, dont le patron, Vincent Bolloré, est bien implanté dans les milieux catholiques ? NewSoul, l'agence d'Émile Duport, a réalisé le site de promo du bouquin théologico-philosophique du frère de Vincent Bolloré, bouquin et conférences associées ensuite mis en avant dans les pastilles culture de CNews. Émile a-t-il tissé des liens avec le patron catho-réac du groupe Canal lorsqu'il militait contre les droits des personnes LGBTQ ?


Reste encore la possibilité d'un outsider, comme Boulevard Voltaire dont la boss qui soutient publiquement les Corsaires, Gabrielle Cluzel, n'a pas digéré de perdre plus d'un millier d'annonceurs suite à nos actions, avant de se faire carrément virer par sa régie Google Ads... Boulevard Voltaire a attendu plus d'un mois pour sortir l''interview des Corsaires qu'il avait enregistrée (le responsable des Corsaires parle au présent d'un harcèlement de début novembre). Là aussi, pour ménager l'image pseudo-indépendante de l'opération ?


Une idéologie d'extrême-droite

L'argumentaire de la campagne de NewSoul/Corsaires dénonce des supposées graves atteintes atteintes à la liberté d'expression et à la liberté commerciale des marques. Ces dérives, nous les connaissons. Mais le problème pour eux c'est que nous les avons toujours évitées. Nous avons évité le harcèlement, la menace ou la coercition. Et c'est très facile à prouver : nos actions sont publiques, sur Twitter, et il suffit d'examiner notre compte pour s'apercevoir de leur nature. D'après les Corsaires, ce serait le nombre de nos abonnés qui terroriserait tous ceux à qui nous nous adressons, transformant chacun de nos tweet en menace d'attaque thermonucléaire (nous avons donné notre avis, une seule fois, sur une émission de BFMTV, ça suffit à Émile pour dire partout que nous préparons une action contre cette chaîne). Problème -pour lui- : depuis nos débuts, même quand nous n'avions que quelques centaines d'abonnés, l'efficacité de nos alertes était identique. Elle ne dépend donc pas d'une prétendue menace liée à notre nombre d'abonnés.

Pourra-t-il un jour admettre que la plupart des annonceurs ne veulent tout simplement pas financer avec leur budget marketing des médias qui propagent la haine, l'intolérance, et qui ont été sanctionnés pour racisme ? S'est-il seulement demandé pourquoi quasiment personne ne veut s'afficher dans la version papier de Valeurs Actuelles, alors que nous n'avons jamais mené d'action sur ce format ?


Car, depuis nos début, nos actions ont concerné : un site fasciste et raciste, interdit depuis par la justice, le blog néo-nazi Breiz Atao, le blog extrémiste Boulevard Voltaire, l'ancien média devenu usine à fake news complotiste France Soir, le site nauséabond Valeurs Actuelles, la chaîne ignoble CNews et le magazine antisémite Rivarol.

De ces actions, NewSoul/Corsaires, malgré ses déclarations publiques affirmant "protéger tous médias, quelle que soit sa ligne de pensée" n'a retenu que Valeurs Actuelles et CNews, médias qui véhiculent la propagande d'extrême-droite, soutiennent ouvertement Zemmour et son discours de haine raciste. Cela permet à Émile d'aggréger autour de son opération rémunérée tous les soutiens de campagne bénévoles de cet individu, et faire relayer son message par les ethno-identitaires, les agitateurs xénophobes et les trolls de campagne de Z. Ces militants sont très actifs sur les réseaux sociaux et ne reculent devant rien. Ceci nous a valu des menaces de mort explicites dans une vidéo où la porte-parole d'un collectif d'extrême-droite exprimait son soutien aux Corsaires.


La défense du financement de l'extrême-droite

Sous couvert de défense de la liberté d'expression, c'est donc l'idéologie d'extrême-droite qu'Émile et ses Corsaires défendent. Apprécions la puissance de leur argumentaire : " [Les Sleeping Giants] ne font que notifier aux marques que leurs publicités se trouvent sur tel ou tel média, mais dans une formulation qui sous-entend que le non-retrait de ces annonces pourrait sérieusement endommager leur image de marque. "

Il nous est donc reproché non pas de menacer, ni même d'affirmer, mais de sous-entendre !

Quant aux marques, elles ont de tout temps choisi des supports pour leur publicité qu'elles considéraient en accord avec leur image. Ce n'est qu'avec l'emballement de la publicité programmatique et des algorithmes de placement qu'elles ont souvent cessé de contrôler, abusées par les promesses des régies censées leur assurer un environnement sûr. C'est ainsi que certaines ont pu se retrouver par exemple sur Breiz Atao, site néonazi de Boris Le Lay. Ceci est en train de changer peu à peu grâce à des actions comme les nôtres. Et c'est ce que ne veut pas NewSoul/Corsaires, car cela tarirait la manne financière qu'ont trouvée là les médias extrêmes, qui profitent du financement involontaire d'entreprises non consentantes. Pour Émile et ses amis, les annonceurs doivent cesser de regarder sur quoi ils s'affichent et sont tenus, pour des raisons de "démocratie et d'intétêt supérieur de la nation" -sic- , de financer tout et n'importe quoi en fermant les yeux et se bouchant le nez. Curieuse conception de la liberté !


Utilisant la technique de l'inversion accusatoire chère à l'extrême-droite, NewSoul/Corsaires n'hésite pas, dans ses propres vidéos, à nous accuser de racisme et d'homophobie. Oui, vous avez bien lu, homophobie, de la part d'une figure la Manif Pour Tous !

Et, du coup, l'organisateur de la campagne de com "Corsaires" se sent légitime à user des pires méthodes, puisqu'il fait mine d'être convaincu qu'il s'agit une juste réponse aux nôtres.

Et une pincée d'homophobie

Dans sa com qui se veut neutre, Émile/Corsaires ne peut pas s'empêcher d'y loger sa marotte : l'homophobie. Alors que nous ne sommes pourtant pas spécialisés dans l'engagement pour la cause LGBT, NewSoul/Corsaires a créé deux visuels pour ses opérations de harcèlement de masse, et qui trahissent son idéologie.

La première, destinée à une instance européenne sur le droit d'auteur (donc aucun rapport avec les LGBT), montre un juge peu avenant affublé d’un rabat arc-en-ciel. Clairement, l'image des extrémistes homophobes prétendant que la justice est soumise au prétendu "lobby LGBT"


La deuxième s'adresse à un labo pharmaceutique. Ici aussi aucun rapport a priori. Elle se passe de commentaire.



Chassez le naturel et la haine, ils reviennent au galop.


Des méthodes borderline et au-delà

Au-delà de l'habituelle diffamation à notre encontre dont nous sommes habitués dans les publications de la fachosphère, NewSoul/Corsaires use de pratiques carrément illégales. Ce qui pourrait être toléré pour un véritable mouvement citoyen devient inadmissible lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une stratégie planifiée par une agence dans le cadre d'une campagne de communication rémunérée.


Salir les rues de Paris et alentours avec de l'affichage sauvage n'en est que l'exemple le plus anodin. Discutable aussi, payer des articles complaisants dans de faux sites d'info, avec un rédactionnel mettant en cause des marques sans aucune source ou enquête.

En plus de lancer des campagnes de harcèlement contre les marques, parfois avec des textes ou des mèmes carrément insultants, NewSoul/Corsaires a visé deux entreprises accusées d'avoir "cédé" à nos alertes par le passé, en l'absence de toute actualité les concernant.


Par exemple, une violente attaque a concerné la MAIF qui avait retiré ses spots de CNews suite à notre alerte en 2019. Deux ans plus tard, NewSoul/Corsaires se déchaîne, la harcèle, l'insulte, tente de ternir son image et la menace même, avec un visuel flirtant avec l'appel à la violence

On assiste également à quelque chose d'inédit :

une cinquantaine de comptes Twitter se mettent simultanément à éplucher la liste des abonnés au compte de la MAIF et à les interpeller en masse, publiquement, pour qu'ils fassent pression sur leur assureur.

Ils reçoivent quelques fins de non-recevoir cinglantes




Mais que sont ces 50 comptes qui mènent une telle action concertée ? Ils sont tous calqués sur le même modèle, avec une fausse photo de profil générée par ordinateur, et sont tous opérés simultanément à partir d'un même logiciel pro destiné aux Community Managers et agences de com. Ce logiciel coûte entre 900€ par an (50 comptes) et 1400€ par an (75 comptes). On a donc un seul individu qui utilise des faux comptes automatisés pour harceler en masse les clients de la société visée par son attaque !

Alerté, Twitter a supprimé ces faux comptes à tour de bras, et il n'en reste maintenant qu'une poignée, qui n'ont plus été utilisés depuis.

Faux comptes. En rouge, ceux supprimés en quelques heures par la modération de Twitter

Alors peut-on imputer directement à NewSoul/Corsaires cette action de harcèlement caractérisé, dépassant les bornes de l'éthique et de la la légalité ?

Oui, définitivement. Dans une une interview à Boulevard Voltaire - tiens donc - le responsable du groupuscule/agence le revendique même :

« Là on est en ce moment en train d'attaquer la MAIF. On a contacté plus de 2000 de ses fans Twitter. Là on prépare une autre opération parce que là ils ont engagé une agence de cyber-sécurité pour les protéger, du coup on travaille un autre biais »

En fait d'agence de cybersécurité, c'est la modération de Twitter qui a fait son travail pour arrêter une opération de harcèlement automatisée faisant intervenir des faux comptes.


Conflit d'intérêt

Une autre attaque concerne Publicis. Étonnamment, nous n'avons pourtant jamais contacté cette agence média. Nous savons que Publicis veille à la Brand Safety de ses clients, notamment au travers d'un partenariat avec Newsguard - société qui évalue les sites d'information selon leur qualités et défauts. Il se pourrait que NewSoul/Corsaires base ses griefs sur un papier des Échos (09/2020) où Publicis disait s'être retiré du créneau de l'émission de Zemmour sur CNews. Notons que tout le monde l'avait fait à l'époque, l'émission se retrouvant alors définitivement sans pub ou presque. On a donc une agence média, NewSoul/Progressif Media, qui orchestre en mode masqué une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux visant une autre agence média, donc concurrente. N'y a-t-il pas un code du commerce qui condamnerait de telles pratiques de concurrence déloyale ?


Quelques exemples du harcèlement qu'a subi Publicis

La question devient d'autant plus prégnante lorsqu'après avoir été "outé" dans la presse, et pour tenter de diluer sa responsabilité, le porte-parole des Corsaires alias Émile avoue à l'AFP « Ce prêt-à-batailler numérique a été élaboré par "une petite dizaine de têtes pensantes" venues essentiellement de la publicité et des agences de communication » NewSoul/Progressif Media lanceraient-il leur petite milice sur leurs propres clients si ceux-ci décidaient de choisir leurs supports de pub ? Dans le cadre de leur travail, n'ont-il donc jamais ajouté un seul site à la liste d'exclusion à la demande de leur client ?

Des pros de la publicité et de la communication qui s'attaquent, au travers d'un faux mouvement citoyen, à d'autres agences concurrentes et à leurs clients et qui pour s'opposer à leurs choix éthiques n'hésitent pas à user de procédés moralement sinon juridiquement répréhensibles, où peut-on le situer sur l'échelle du conflit d'intérêt et des pratiques commerciales déloyales ?



En définitive, quel impact ?

On peut s'interroger sur le concept même de l'action de NewSoul/Corsaires qui semble leur avoir demandé beaucoup de préparation sur la forme, mais dont le fond échappe à la logique : aucune marque n'apprécie le bad buzz sur les réseaux sociaux. Si à chaque fois qu'une de ses publicités est vue sur un média extrémiste et que nous le lui signalons, les réseaux sociaux sont noyés sous une vague de harcèlement des Corsaires, sa réaction immédiate sera de retirer ses pubs sans rien dire ou de ne pas renouveler sa campagne. N'étant plus présent sur ces médias, l'annonceur est alors certain d'éviter tous les problèmes. Ça accroit notre efficacité mais diminue notre visibilité. C'est la première qui nous intéresse.


Nous aurions pu nous-même, dès le départ, utiliser cette méthode : lancer des campagnes de harcèlement, fournir du matériel pré-digéré à nos abonnés, les transformer en une armée de robots et contraindre les annonceurs à agir par la menace. Même si cette technique serait efficace, nous nous y sommes toujours refusés, par éthique, parce que nous pensons que ce n'est pas une méthode acceptable ou digne, et parce que nous croyons que le changement ne pourra survenir que si les responsables marketing sont convaincus et non forcés. Les Corsaires ne s'embarrassent pas de tels scrupules et en harcelant un annonceur, le poussent à faire exactement l'inverse de ce qu'ils espèrent. Cette opération de meute planifiée par une agence de communication montre bien que les médias auxquels on s'intéresse et leurs soutiens portent en eux une violence insupportable. Même habillés d'une carapace d'impartialité ou de défense de grands principes, ils sont prêts à user de tous les moyens pour intimider, menacer, contraindre, harceler, sans se soucier des libertés fondamentales.

Extrêmement rentable depuis plus de 15 ans, le modèle économique aveugle qui permet à ces médias de bénéficier de financement non consenti est en passe de s'effondrer. Plutôt que de rechercher d'autres solutions, les extrémistes s'y accrochent et entendent le maintenir par la force.


À l'opposé, notre action envers les marques se veut bienveillante. Nous alertons chaque marque une seule fois. Nous ne donnons aucune consigne à nos abonnés, qui appuient nos messages, les commentent parfois, sans excès. Nous ne lançons pas d'attaque en meute. Lorsque la marque nous répond favorablement, nous la félicitons, et nous avons ainsi pu tisser des rapports de confiance respective avec de nombreux responsables marketing au cours des années. Si la marque ne nous rejoint pas, nous ne la pointons pas du doigt, nous ne la harcelons pas. Parce que, justement, nous respectons sa liberté de choix et que nous sommes conscients des dérives possibles, nous avons choisi une démarche éthique stricte, nous la respectons, et nous en sommes fiers.


On se demande simplement : qui a réellement planifié les attaques des Corsaires, qui donné son aval pour l'emploi de telles méthodes ? Comment Émile Duport et ses Corsaires peuvent-ils se sentir à l'aise en utilisant de telles procédés, en harcelant ceux qu'ils prétendent soutenir et protéger ? La réponse est probablement dans la question. L'obsession d'Émile Duport de vouloir fédérer un maximum de militants extrémistes (son objectif est d'en trouver 10000) puis son intention de vouloir monter une boutique en ligne conforte notre crédo : le bénévolat et l'extrême-droite sont deux concepts antagonistes. Suivez l'argent.

Mais en attendant, qui paye ?